On entend par iconographie musicale, l’étude des représentations figurées de la musique dans les arts visuels, quelle que soit la technique de son support. Si l’iconographie est avant tout descriptive, l’iconologie est interprétative.
Si l’on se tourne du côté de l’histoire de l’art, un premier texte doit être pris en considération : l’Iconologia de Cesare Ripa, publié en 1593 à Rome et dont une édition française de 1643 porte pour sous-titre : « Explication de plusieurs images, emblèmes, et autres figures [...] des Vertus, des Vices, des Arts, des Sciences, des Causes naturelles, des Humeurs différentes et des Passions Humaines [...] nécessaires aux Orateurs, poètes, sculpteurs, peintres, ingénieurs, auteurs de médailles, de devises, de ballets et de poèmes dramatiques ». Ce recueil de figures emblématiques donne la clef de nombreux personnages et objets symboliques présents dans la peinture d’histoire et dans les arts du spectacle jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Le deuxième texte fondamental est constitué par les Essais d’iconologie (Studies in Iconogology) publiés en 1939 par Erwin Panofsky. Sa méthode d’analyse comporte en effet trois niveaux de signification qui pourront s’appliquer à l’iconographie musicale :
- La signification primaire ou naturelle : celle des formes comme représentations d’objets, d’êtres humains, mais j’ajouterais, d’instruments de musique et de musiciens, celle des motifs, qui permettent une description préiconographique de l’œuvre.
- La signification secondaire ou conventionnelle : les motifs sont reconnus porteurs d’une signification correspondant à des invenzioni, c’est-à-direà des histoires et allégories. C’est l’analyse iconographique proprement dite.
- La signification intrinsèque, ou contenu. C’est celle des valeurs « symboliques », des symptômes culturels : en diverses conditions historiques, les tendances essentielles de l’esprit humain ont été exprimées par des thèmes et concepts spécifiques. Ce stade est celui de l’interprétation iconologique.
L’iconographie musicale est donc une source importante pour témoigner
- d’objets musicaux tangibles : instruments de musique (dans leur morphologie et leur tenue de jeu), notations musicales manuscrites ou imprimées,
- d’acteurs faisant ou écoutant la musique : ensembles musicaux et groupements témoignant de pratiques musicales, musiciens anonymes ou identifiés, conditions de la musique dans la société,
- du rôle de la musique dans les sociétés, les thèmes musicaux étant porteurs de symboliques spécifiques.
L’iconographie musicale en tant que discipline soeur de la musicologie, mais aussi de l’histoire de l’art, est toute récente. Tilman Seebass a bien montré que sa pratique remonte à G.A. Villoteau, puisque dans sa Description de l’Egypte (1810-1828),il utilise aussi bien les instruments réels collectés sur place, les textes littéraires, et les monuments portant des traces figurées. Lorsque Bottée de Toulmon et Charles-Henri de Coussemaker s’intéressent aux figurations du Moyen Age, ils restent en général à un stade descriptif et organologique, la morphologie et la tenue des instruments étant leurs principales préoccupations. Même si Kastner et Lavoix proposent une conception plus large d’une histoire musicale par l’image, une réflexion conceptualisée n’apparaît que dans les premières années du XXe siècle, de même que les premières tentatives de corpus. On mentionnera celui que Georg Kinsky propose dans sa Geschichte der Musik in Bildern, monument de documentation visuelle paru en 1929, immédiatement traduit en plusieurs langues dont le français, comportant 2 000 documents (partitions, instruments de musique, portraits de musiciens, décors de théâtre). Ce corpus ne comporte aucune réflexion interprétative, mais il préfigure les travaux d’inventaire systématique entrepris par le Répertoire international d’iconographie musicale (RIdIM) quelque quarante ans plus tard et donne l’esquisse des grands thèmes de l’iconographie musicale :
- La représentation des instruments de musique
- L’histoire de l’interprétation
- Les portraits de musiciens
La musique comme symptôme de l’histoire culturelle
par Florence Gétreau,
Conservatrice du patrimoine,
Directrice de l'Institut de recherche sur le patrimoine musical en France |
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